Les épopées de l'Inde ancienne : Mahabharata et Ramayana
Le Mahabharata et le Ramayana racontent des guerres, des exils et des dilemmes moraux, et ont façonné pendant des siècles la manière dont l'Inde pense le devoir.
Deux œuvres, deux mondes
Le Mahabharata et le Ramayana forment ce qu'on appelle en Inde les deux grandes épopées, mais ce sont des textes très différents. Le Mahabharata raconte le conflit entre deux branches d'une même famille, les Pandava et les Kaurava, qui finit en guerre fratricide sur le champ de Kurukshetra. C'est un texte touffu, qui accueille en son sein des traités de politique, des récits secondaires et la Bhagavad-Gîtâ elle-même, insérée dans l'un de ses livres. Le Ramayana, plus resserré, suit le prince Rama, banni avec son épouse Sita et son frère Lakshmana, l'enlèvement de Sita par Ravana, puis la quête pour la retrouver. Sa tonalité est plus continue, portée par un seul fil narratif, là où le Mahabharata multiplie les digressions et les récits secondaires. Les personnages centraux du Mahabharata, les cinq frères Pandava et leur cousin Krishna, qui y tient un rôle de conseiller plus que de guerrier, occupent une place différente de celle des personnages du Ramayana, où Hanuman, allié de Rama, joue un rôle décisif dans la recherche de Sita. Le Mahabharata est en outre traditionnellement présenté comme l'un des récits versifiés les plus longs de la littérature ancienne, sensiblement plus étendu que le Ramayana.
Des textes à strates, sans auteur unique
La tradition attribue le Mahabharata à Vyasa et le Ramayana à Valmiki. Ces noms désignent moins des auteurs au sens moderne que des figures fondatrices autour desquelles les textes se sont construits. Les deux œuvres ont été composées et remaniées sur plusieurs siècles, par des mains successives, avant d'atteindre la forme qui nous est parvenue. Les spécialistes situent cette élaboration sur une période large, qui s'étend sur plusieurs siècles avant et après le début de l'ère commune, les datations précises restant débattues. Cette histoire longue explique les incohérences internes, les doublons et les couches de langue différentes que l'on retrouve d'un manuscrit à l'autre. Un vaste travail de comparaison des manuscrits venus de toute l'Inde a été mené au vingtième siècle pour tenter d'en établir une édition critique du Mahabharata, signe de l'ampleur des variations accumulées au fil de la transmission.
Ce qui les distingue des autres corpus indiens
À la différence des hymnes védiques, adressés aux forces naturelles, ou des fables du Panchatantra, construites pour instruire, les épopées racontent des dilemmes vécus par des personnages engagés dans l'action. Le devoir, dharma, n'y est pas énoncé comme une règle abstraite : il se heurte à des situations concrètes, la guerre, l'exil, le mensonge nécessaire, la loyauté envers un père injuste. Les pensées de ce recueil naissent de ces situations plutôt que d'un enseignement délivré directement au lecteur. Les épopées se lisent aussi sur la durée : leurs héros vieillissent, se trompent, reviennent sur leurs choix, alors que les hymnes védiques restent hors du temps narratif et que les fables se referment en une leçon ponctuelle. Cette dimension temporelle donne aux pensées qui en sont tirées un poids particulier, puisqu'elles sont éprouvées par l'expérience d'un personnage plutôt qu'énoncées comme une vérité intemporelle.
Les thèmes qui reviennent
Le pardon, la maîtrise de soi et la fidélité à la parole donnée traversent les deux textes.
Le pardon est la force des forts.Mahabharata
La parole donnée est une dette sacrée.Ramayana
On mesure la grandeur d'un être à sa conduite dans l'épreuve.Sagesse du Ramayana
Le Mahabharata insiste aussi sur le temps qui mûrit toute chose et sur l'écart entre ce que l'homme sait de l'impermanence et ce qu'il en accepte pour lui-même. Le Ramayana revient plus souvent sur l'attachement à la terre natale, à ceux qui ont élevé, et sur la droiture comme racine de toute prospérité et de toute joie.
Comment lire ces pensées aujourd'hui
Ces phrases sont extraites d'un contexte narratif : un personnage les prononce dans une situation précise, souvent sous tension. Les lire isolément change leur portée, mais ne les trahit pas forcément, à condition de garder à l'esprit qu'elles viennent d'une fiction ancienne construite pour éprouver des choix, et non d'un recueil de maximes écrit d'un seul tenant. Elles gardent leur intérêt pour qui cherche des repères sur la patience, le pardon ou la constance, sans qu'il soit besoin d'y voir davantage qu'une parole posée dans le fil d'un récit. Une pensée comme celle sur le temps qui mûrit toute chose, par exemple, prend un relief différent une fois qu'on sait qu'elle est prononcée face à un événement précis du récit, et non comme une observation générale sur l'existence.
Les 25 pensées de ce recueil
Le numéro indique le jour de l'année où chaque pensée est mise en avant sur la page d'accueil.
- Ahimsa paramo dharma« La non-violence est le plus haut des devoirs. »Mahabharata
- « Ne fais pas aux autres ce qui, fait à toi, te blesserait : là tient tout le devoir. »Mahabharata
- « Le pardon est la force des forts. »Mahabharata
- « La vérité pèse plus lourd que mille sacrifices. »Mahabharata
- « La colère est un ennemi qui habite la maison. »Mahabharata
- Dharmo rakshati rakshitah« Le devoir protège celui qui le protège. »Mahabharata
- « La plus grande des merveilles : voyant tout changer autour de lui, l'homme croit que rien ne changera pour lui. »Mahabharata
- « Le bonheur et l'épreuve tournent comme une roue : ne t'exalte pas, ne t'effondre pas. »Mahabharata
- « La douceur triomphe là où la force échoue. »Mahabharata
- « Qui se maîtrise lui-même gouverne plus qu'un royaume. »Mahabharata
- « La parole vraie est bonne ; meilleure encore, la parole vraie et bienveillante. »Mahabharata
- « L'avidité est la racine des tourments ; le contentement, la racine de la paix. »Mahabharata
- « Le savoir donné se multiplie ; le trésor gardé s'amenuise. »Mahabharata
- « Il n'est pas d'œil comme le savoir, pas d'ascèse comme la vérité. »Mahabharata
- « La patience est la plus haute des forces, la vérité la plus haute des ascèses. »Mahabharata
- « Le temps mûrit toute chose ; rien ne mûrit hors du temps. »Mahabharata
- « La terre natale et ceux qui nous ont élevés sont plus précieux que le ciel même. »Ramayana
- « La parole donnée est une dette sacrée. »Ramayana
- « Ne laisse pas le chagrin gouverner : il obscurcit le courage et le jugement. »Ramayana
- « La droiture est la racine ; d'elle naissent la prospérité et la joie. »Ramayana
- « On mesure la grandeur d'un être à sa conduite dans l'épreuve. »Sagesse du Ramayana
- « La fidélité au devoir éclaire le chemin, même dans la forêt la plus sombre. »Ramayana
- « Les vertus attirent l'amitié du monde entier. »Ramayana
- « La douceur de la parole fait plus d'alliés que la puissance des armes. »Ramayana
- « Qui garde l'espérance traverse l'océan lui-même. »Ramayana